Créature du Bestiaire
Le Squonk
Origine
Nord-Américaine
Type
Terrestre
Danger
Inoffensif
Taille
Taille d'un petit cochon — peau flasque couverte de verrues
"J.P. Wentling captura un Squonk dans un sac. Sur le chemin du retour, le sac devint léger. À l'intérieur : des larmes et des bulles. C'est la seule capture documentée, et elle tient en une flaque."
La créature qui se dissout
Le Squonk (Lacrimacorpus dissolvens selon la nomenclature latine fantaisiste de sa source) apparaît en 1910 dans Fearsome Creatures of the Lumberwoods, With a Few Desert and Mountain Beasts de William T. Cox — bestiaire humoristique des créatures inventées par les bûcherons américains, illustré par Coert DuBois.
Selon Cox, le Squonk habite les forêts de pruches (hemlock) de Pennsylvanie. Sa peau est flasque, mal ajustée, couverte de verrues et de grains de beauté. Conscient de sa laideur, le Squonk est perpétuellement honteux : il se déplace au crépuscule pour éviter d'être vu, évite les surfaces d'eau où il pourrait apercevoir son reflet, et pleure sans interruption.
Les chasseurs le pistent en suivant ses traînées de larmes. Mais la capture est vaine : acculé ou saisi, le Squonk se dissout entièrement en larmes et en bulles. Le récit canonique est celui de J.P. Wentling, qui captura un Squonk dans un sac près de Mont Alto — et n'arriva chez lui qu'avec un sac humide.
Le folklore des lumberwoods
Comme le Hodag, le Squonk appartient aux fearsome critters — le bestiaire parodique que les bûcherons américains du XIXe siècle inventaient pour bizuter les nouveaux et passer les longues soirées. Mais là où la plupart des critters sont menaçants ou absurdes, le Squonk est pathétique : c'est le monstre dont on a pitié, l'anti-prédateur, la créature dont la seule arme est de disparaître dans son propre chagrin.
Cette singularité émotionnelle explique sa postérité littéraire disproportionnée : Borges l'inclut dans son Manuel de zoologie fantastique (1957), fasciné par cette créature « dont l'existence se résout en pleurs ».
La carrière rock
Le Squonk a une postérité inattendue dans la musique rock : Genesis lui consacre la chanson Squonk (album A Trick of the Tail, 1976), écrite après le départ de Peter Gabriel — la créature qui se dissout en larmes servant de métaphore à peine voilée. Steely Dan le mentionne dans Any Major Dude Will Tell You (1974). Le yōkai le plus triste d'Amérique est devenu, par accident, un motif du rock progressif des années 1970.
Symbolique et Interprétation
La honte incarnée
Le Squonk se cache non par stratégie mais par honte de sa propre apparence. C'est la seule créature du bestiaire mondial définie par le rapport négatif à soi-même. Un monstre complexé — invention typiquement moderne.
La dissolution par chagrin
Capturé, le Squonk se dissout en larmes. Sa défense ultime est l'autodestruction émotionnelle — on ne peut pas posséder ce qui préfère cesser d'exister. C'est une image d'une puissance mélancolique rare.
Le crépusculaire
Le Squonk ne sort qu'au crépuscule, évite les reflets, fuit les regards. Il incarne tous ceux qui se déplacent aux heures où on ne les verra pas — le yōkai de l'évitement social.
La muse du rock progressif
Genesis et Steely Dan ont chanté le Squonk dans les années 1970. La créature qui pleure a trouvé sa vraie carrière dans la musique — le medium des mélancolies assumées.
Variantes Culturelles
- arrow_right Cox et DuBois (1910) : Source unique et canonique : *Fearsome Creatures of the Lumberwoods*. Nomenclature parodique *Lacrimacorpus dissolvens* (« corps de larmes qui se dissout »). Illustration originale de Coert DuBois — le Squonk pleurant sous une pruche.
- arrow_right Fearsome critters : Famille du folklore parodique des bûcherons américains : Hodag, Hidebehind, Axehandle Hound, Splintercat. Le Squonk est le seul membre pathétique de cette famille par ailleurs menaçante ou absurde.
- arrow_right Borges (1957) : Entrée du *Manuel de zoologie fantastique*. Borges a assuré la migration du Squonk depuis le folklore régional américain vers la littérature mondiale — le canal habituel de son œuvre d'anthologiste.
- arrow_right Rock des années 1970 : *Squonk* de Genesis (1976), mention chez Steely Dan (1974). La créature mélancolique est devenue métaphore musicale de la dissolution de soi — postérité que ni Cox ni les bûcherons n'auraient imaginée.
casino En JDR : idées d'utilisation
- Traînée de larmes : Les PJ suivent une piste humide dans une forêt de pruches. Au bout : des sanglots. La créature qu'ils trouvent ne demande qu'à être laissée tranquille. Un collectionneur les paie pourtant très cher pour la ramener vivante — ce qui est, par définition, impossible.
- Le sac humide : Un chasseur prétend avoir capturé un Squonk et vend des billets pour l'exhibition du lendemain. Les PJ savent que le sac sera vide à l'aube. Le chasseur aussi, peut-être — quelle est la vraie arnaque ?
- Larmes alchimiques : Un alchimiste a découvert que les larmes de Squonk dissolvent n'importe quel métal. Il finance une expédition de récolte. Comment récolter les larmes d'une créature qu'on ne peut ni approcher ni capturer sans la détruire ?
- Miroir brisé : Un Squonk s'est vu par accident dans une source. Depuis, il a cessé de pleurer — et commencé à grossir. Les vieux du village disent que c'est pire. Beaucoup pire.