Le Fabularium
Illustration de La Bête Glatissante

Créature du Bestiaire

La Bête Glatissante

public

Origine

Celte

category

Type

Terrestre

warning

Danger

Modérée

straighten

Taille

Tête de serpent, corps de léopard, hanches de lion, pieds de cerf

"Pellinor traque la Bête Glatissante depuis trente ans sans jamais l'attraper. À sa mort, Palamède reprend la quête — pour trente ans encore. Le mythe ne dit pas si quelqu'un a fini par l'avoir. Le mythe sait que ce n'est pas la question."

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La chimère arthurienne

La Bête Glatissante (en anglais : Questing Beast, latin médiéval : Bestia Glatissens, parfois Glatisant Beast) est la créature chimérique la plus emblématique du cycle arthurien. Sa description, fixée par Thomas Malory dans Le Morte d'Arthur (1485), est précise :

  • Tête de serpent
  • Corps de léopard
  • Cuisses et hanches de lion
  • Pieds et sabots de cerf (ou de biche)
  • À l'intérieur du ventre : un glapissement comme celui de trente chiens courants en chasse

Le « glatissement » — bruit de meute de chiens — est ce qui donne son nom à la créature. C'est l'élément le plus singulier de toute la composition : une chimère n'est généralement remarquable que par son extérieur. La Bête Glatissante est remarquable par son bruit interne. Elle est habitée par sa propre meute.

L'origine de la quête

Les textes arthuriens varient sur l'origine de la créature. La version la plus complète, dans le Post-Vulgate Cycle et reprise par Malory, raconte que la Bête est née d'un inceste princier : une princesse a couché avec son propre frère, l'a accusé à tort de viol, et son père les a fait tuer tous deux. Le père a livré le cadavre du fils aux chiens. Au moment de la mort, les trente chiens ont été enfermés dans le ventre de la bête à venir — leur glapissement perpétuel est l'écho de cette injustice originelle.

La Bête Glatissante est donc, dans son ontologie même, un monstre moral : son existence punit, par son simple glapissement, le péché qui l'a engendrée. C'est l'inceste fait chair, ou plus exactement fait chimère.

La quête de Pellinor

Le chevalier qui la traque est le roi Pellinor — figure majeure mais souvent secondaire du cycle arthurien, père de Lamorak et de Perceval. La prophétie veut que Pellinor (et après lui, ses descendants) doive chasser la Bête Glatissante sa vie durant sans jamais l'attraper. C'est une quête éternelle, vouée à l'échec par construction.

Pellinor accepte ce destin. Il poursuit la Bête à travers la Logres — royaume arthurien — pendant trois décennies. Il manque plusieurs grandes batailles d'Arthur (notamment celle de Bedegrayne) parce qu'il est en quête. Sa quête est si chronique qu'elle devient son identité : on l'appelle parfois simplement « le roi à la Bête ».

À la mort de Pellinor, la quête passe au chevalier sarrasin Palamède, qui poursuit la Bête à son tour — encore plusieurs décennies. La quête est, par essence, transmise plus qu'elle n'est achevée. Aucun texte arthurien canonique ne mentionne la capture définitive de la créature.

La leçon implicite

La Bête Glatissante est l'une des créatures les plus subtilement théologiques du bestiaire médiéval. Elle représente la quête vouée à l'échec — non comme malédiction, mais comme condition spirituelle. Poursuivre la Bête, c'est apprendre la patience, la persévérance, et surtout l'humilité : on ne sera jamais à la hauteur, on ne l'aura jamais.

Cette structure préfigure la quête du Graal elle-même : seul Galaad, le chevalier parfait, peut atteindre le Graal — et il meurt aussitôt. La Bête Glatissante est, dans le cycle arthurien, le double inférieur de cette quête — l'apprentissage par l'échec préparant la quête supérieure.

Les interprètes médiévaux y ont vu une allégorie chrétienne : la Bête est le péché incarné, la quête est la rédemption, et l'échec garanti est la condition humaine post-Chute. Cette lecture théologique a structuré la réception de la créature jusqu'à la Renaissance.

L'iconographie médiévale

Les manuscrits du Post-Vulgate et du Tristan en prose contiennent plusieurs illustrations de la Bête Glatissante — souvent stylisée, parfois fantaisiste. L'image canonique fixée par Aubrey Beardsley dans ses gravures pour le Malory illustré (1893-1894) la montre comme un léopard à tête de serpent dans un décor symboliste — image qui domine encore l'iconographie moderne.

Postérité littéraire

La Bête Glatissante traverse toute la littérature arthurienne moderne — T.H. White dans The Once and Future King (1958) en fait un personnage comique (Pellinor lui parle, l'a presque domestiquée), Mary Stewart dans la trilogie Merlin la traite avec gravité, Bernard Cornwell dans sa série Le Roi de l'Hiver l'évoque indirectement. Plus récemment, Lavinia Whately (Susanna Clarke) y fait allusion dans Jonathan Strange & Mr Norrell. La créature reste l'un des piliers iconographiques de toute fiction arthurienne sérieuse.

Symbolique et Interprétation

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La quête sans fin

La Bête Glatissante n'est jamais capturée. Sa fonction n'est pas d'être vaincue mais d'être poursuivie — éternellement. C'est l'archétype de la quête comme **condition spirituelle**, plus précieuse que sa réussite. La poursuite *est* le but.

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Le glapissement interne

Trente chiens hurlent dans le ventre de la Bête. Ce bruit interne — la créature est habitée par sa propre meute — est unique dans le bestiaire mondial. Le monstre ne crie pas : il est l'écho perpétuel d'une chasse qu'il abrite.

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L'inceste fait chair

La Bête est née d'un inceste princier mal réparé. Son existence est la punition perpétuelle du péché familial originel. Elle ne se vainc pas parce qu'elle *est* le péché — et le péché ne se vainc pas, il s'expie.

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La transmission héréditaire

Pellinor meurt, Palamède reprend la quête. La quête se transmet de chevalier en chevalier sans jamais s'achever. C'est l'image du **devoir hérité** — ce que les pères n'ont pas accompli, les fils doivent continuer, sans certitude que les petits-fils n'auront pas la même tâche.

Variantes Culturelles

  • arrow_right
    Post-Vulgate Cycle : Source canonique de l'origine inceste-chiens-prophétie. Texte du XIIIe siècle qui fixe la structure narrative complète : naissance morale, prophétie de Pellinor, quête perpétuelle, transmission à Palamède. La référence des médiévistes.
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    Thomas Malory — Le Morte d'Arthur (1485) : Version qui a fixé la créature dans la culture anglaise moderne. Malory simplifie certains détails, accentue d'autres, et donne à la Bête sa description anatomique canonique : tête serpent, corps léopard, cuisses lion, pieds cerf.
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    T.H. White — The Once and Future King : Version comique du XXe siècle. Pellinor parle à la Bête, la nourrit, lui chante des chansons. La quête devient une relation longue de mutuelle reconnaissance entre prédateur et proie. Une réinvention parodique mais affectueuse.
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    Aubrey Beardsley (1893-1894) : Les gravures de Beardsley pour la *Le Morte Darthur* éditée par Dent fixent l'iconographie moderne de la Bête Glatissante. Style symboliste, lignes sinueuses, présence inquiétante. C'est l'image que les éditeurs réutilisent encore aujourd'hui.

casino En JDR : idées d'utilisation

  • Héritier de la quête : Un PJ découvre qu'il descend de Pellinor. Une voix lui parle dans ses rêves de la Bête Glatissante. Doit-il reprendre la quête ? Et que se passe-t-il s'il l'attrape vraiment ?
  • Glapissement entendu : Les PJ entendent dans une forêt isolée le son lointain d'une meute de chiens — mais aucun chien n'y vit. Suivre le son les mène-t-il vers la Bête, ou seulement vers son écho ?
  • Inceste à réparer : Une princesse demande aux PJ d'enquêter sur le passé de sa famille. Une vieille faute incestueuse aurait engendré quelque chose — qui chasse encore. Découvriront-ils la vérité avant que la créature ne réclame son tribut ?
  • Palamède contemporain : Les PJ rencontrent un chevalier âgé qui traque la Bête depuis vingt ans. Il leur propose de reprendre sa quête — il est trop fatigué. Quelle est la sagesse contenue dans le refus de poursuivre, ou dans l'acceptation ?

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