Créature du Bestiaire
Le Lamassu
Origine
Mésopotamienne
Type
Aérien
Danger
Inoffensif
Taille
Taureau ailé colossal — jusqu'à 5 mètres de haut dans la sculpture
"Les Lamassu de Khorsabad ont cinq pattes — quatre vues de profil, comme si la créature marchait, et une cinquième vue de face, comme si elle se tenait immobile. Selon l'angle d'observation, le yōkai est statique ou en mouvement. C'est la première sculpture cinétique de l'histoire, achevée trois mille ans avant le cinéma."
La protection en pierre
Le Lamassu (akkadien : lamassu, sumérien : Lamma) est un génie protecteur de la mythologie mésopotamienne — assyrien et babylonien principalement, mais avec des racines remontant à Sumer (IIIe millénaire av. J.-C.). Sa morphologie iconique est :
- Corps de taureau (parfois de lion)
- Ailes d'aigle déployées sur le dos
- Tête humaine masculine, barbue
- Tiare cornue — couvre-chef pointu indiquant la divinité
- Posture debout ou en marche
Le terme Lamassu est techniquement la version féminine ; son équivalent masculin est le Shedu (sumérien : Alad). Mais l'usage moderne — et le British Museum, et le Louvre, et l'archéologie internationale — emploie le terme Lamassu pour les deux genres. Cette inversion sémantique est étrange mais documentée.
Les portes des palais
La fonction signature du Lamassu est de garder les portes :
- Portes des palais royaux assyriens (Khorsabad, Ninive, Nimrud)
- Portes des cités importantes (Babylone, Assur)
- Portes des temples dédiés aux grandes divinités
Les sculptures de Lamassu étaient toujours installées en paires — un de chaque côté de la porte, en miroir. Cette symétrie protectrice délimite un seuil sacré ou royal. Passer entre deux Lamassu, c'était entrer dans un espace garanti par la divinité elle-même.
La pratique architecturale est documentée du IXe au VIIe siècle av. J.-C. principalement, sous les rois assyriens Assurnasirpal II, Salmanazar III, Sargon II, Sennachérib, Assurbanipal. Les inscriptions cunéiformes accompagnant les sculptures précisent toujours leur fonction protectrice : « Pour repousser les démons, j'ai placé ici les Lamassu de pierre ».
La cinquième patte
La caractéristique sculpturale la plus singulière des Lamassu de Khorsabad (et de quelques autres sites) est leur cinquième patte. Vu de face, le Lamassu a quatre pattes immobiles ; vu de profil, il en a quatre en marche. Ce qui fait, en tout, cinq pattes sculptées, dont la cinquième est cachée à chaque angle de vue.
Cette technique permet au spectateur antique de voir le Lamassu soit statique soit dynamique selon son angle d'approche. C'est l'une des premières sculptures cinétiques de l'histoire de l'art — une anamorphose anatomique trois mille ans avant le cubisme.
Les archéologues qui ont déterré les Lamassu de Khorsabad au XIXe siècle (notamment Paul-Émile Botta en 1843 pour le compte du Louvre) ont longtemps cru à une erreur de sculpture. La fonction conceptuelle n'a été comprise qu'au XXe siècle.
Les Lamassu conservés
Les sculptures monumentales sont conservées dans plusieurs musées :
- British Museum, Londres — Salles 6, 7, 10 : Lamassu de Ninive et Nimrud, plusieurs paires complètes
- Musée du Louvre, Paris — Cour Khorsabad : paire colossale de Lamassu de Sargon II (5 m de haut, 30 tonnes chacun)
- Metropolitan Museum, New York — Salle 401 : Lamassu de Nimrud
- Oriental Institute, Chicago — paires de Khorsabad
- Musée d'Orient antique, Istanbul — fragments de Lamassu
- Musée national d'Irak, Bagdad — collection majeure (partiellement détruite/volée durant les guerres récentes)
La destruction des sites archéologiques en Mésopotamie depuis 2003 — guerres d'Irak, guerre civile syrienne, destructions iconoclastes par Daech à Ninive et Nimrud en 2014-2015 — a fait des Lamassu conservés en Europe et aux États-Unis des témoins survivants d'un patrimoine en grande partie disparu sur place. Les paires du Louvre et du British Museum sont aujourd'hui des objets de pèlerinage culturel pour les communautés irakiennes en diaspora.
L'iconographie qui survit
Le Lamassu reste extraordinairement présent dans l'iconographie politique moderne du Moyen-Orient :
- Drapeau et armoiries d'Irak (variantes historiques)
- Logo de la compagnie aérienne Iraqi Airways
- Symbole des universités de Bagdad et de Mossoul
- Monuments contemporains à Erbil, Sulaymaniyah
L'Aigle de Saladin moderne porte parfois aussi des références iconographiques au Lamassu. Aucun autre yōkai antique n'a maintenu une présence politique aussi continue — l'Assyrie est morte au VIe siècle av. J.-C., mais ses Lamassu sont devenus l'emblème de tout un pays moderne.
Hommages contemporains
En 2018, l'artiste Michael Rakowitz a installé sur la quatrième socle de Trafalgar Square à Londres une réplique d'un Lamassu de Nimrud, fait de boîtes de conserve de sirop de datte irakien — œuvre commémorant la destruction par Daech. Cette œuvre, intitulée The Invisible Enemy Should Not Exist, est restée installée deux ans. Elle rappelle que les Lamassu, à l'origine gardiens protecteurs, sont aujourd'hui eux-mêmes en besoin de protection.
Symbolique et Interprétation
Le gardien aux portes
Le Lamassu garde toujours en paire. Sa fonction n'est pas attaque mais frontière — délimiter ce qui est protégé de ce qui ne l'est pas. C'est l'image-mère de tous les gardiens d'entrée du monde, des lions de Trafalgar Square aux statues de Foo des temples chinois.
La cinquième patte cinétique
Selon l'angle d'approche, le Lamassu est immobile ou en marche. Cette anamorphose anatomique — sculpture cinétique avant l'heure — est l'une des plus belles inventions plastiques de l'Antiquité. Le yōkai change avec le spectateur.
L'ancienneté absolue
L'iconographie du Lamassu remonte à Sumer (IIIe millénaire av. J.-C.). C'est l'un des yōkai les plus anciens du monde dont l'image soit conservée, antérieure à l'Iliade, à la Bible, au Mahābhārata. Il a deux mille ans de présence avant que Rome n'existe.
L'emblème ressuscité
Mort comme religion au VIe siècle av. J.-C., le Lamassu est aujourd'hui sur les armoiries irakiennes, les compagnies aériennes, les universités. C'est un yōkai d'État ressuscité par l'archéologie. Aucun autre dieu antique n'a connu cette résurrection politique moderne.
Variantes Culturelles
- arrow_right Sumer — origine : Premiers Lamma sumériens (IIIe millénaire av. J.-C.) : génies protecteurs anonymes, sans iconographie fixe. C'est l'Assyrie qui les codifiera en taureaux ailés à tête humaine. Le concept précède la forme.
- arrow_right Assyrie — l'âge d'or : IXe-VIIe siècle av. J.-C. Sculptures colossales aux portes de Khorsabad (Sargon II), Ninive (Sennachérib), Nimrud (Assurnasirpal II). Apogée iconographique. Cinquième patte introduite à Khorsabad. Documentation cunéiforme complète de leur fonction protectrice.
- arrow_right Lamassu / Shedu : Distinction technique : *Lamassu* est féminin en akkadien, *Shedu* est masculin. L'usage moderne emploie Lamassu pour les deux genres, inversion sémantique acceptée par tous les musées et institutions.
- arrow_right Hommage contemporain : Michael Rakowitz, *The Invisible Enemy Should Not Exist* (Trafalgar Square, 2018-2020) : Lamassu de boîtes de conserve commémorant les destructions de Daech à Nimrud (2015). Le gardien devenu mémoire de ce qu'il n'a pu protéger.
casino En JDR : idées d'utilisation
- Porte ressuscitée : Les PJ découvrent un palais oublié. Deux Lamassu en pierre encadrent la porte d'entrée. Ils n'ont pas bougé depuis trois mille ans. Mais quand le dernier rayon du couchant les touche, l'un des deux tourne la tête.
- Cinquième patte trouvée : Un archéologue propose aux PJ de l'aider à transporter un Lamassu de Khorsabad jusqu'au musée. La sculpture pèse 30 tonnes. Et lors du transport, les ouvriers découvrent un cinquième pied, qui n'apparaît qu'à la pleine lune.
- Daech contre Lamassu : Les PJ doivent évacuer les dernières sculptures de Lamassu d'un site menacé. Le délai est court. Les conditions sont dangereuses. Et le Lamassu, dit-on, refuse parfois de quitter son seuil.
- Gardien actif : Un palais moderne, équipé de Lamassu replicas, est attaqué. Les replicas s'animent et défendent le bâtiment. Les PJ enquêtent — fausses copies habitées par les esprits originels, ou autre chose ?