Le Fabularium
Illustration de Le Bonnacon

Créature du Bestiaire

Le Bonnacon

public

Origine

Greco-Médiévale

category

Type

Terrestre

warning

Danger

Dangereuse

straighten

Taille

Taille d'un grand taureau — cornes recourbées vers l'intérieur

"Le Bonnacon a des cornes recourbées vers l'intérieur, totalement inutiles pour se défendre. La nature lui a donc donné une alternative : un système digestif explosif. Quand un chasseur le poursuit, il lance par l'arrière un jet d'excréments brûlants couvrant trois arpents. Aucune défense du bestiaire n'est aussi spectaculaire."

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L'animal à la défense scatologique

Le Bonnacon (latin : Bonnacus ou Bonnasus) est un bovidé asiatique décrit pour la première fois par Aristote (Histoire des animaux, livre IX) sous le nom de Bonasus, puis repris par Pline l'Ancien (Histoire Naturelle, livre VIII, 16) sous le nom de Bonnacus. Sa description, fixée par les bestiaires médiévaux, est précise et hautement particulière :

  • Corps de taureau
  • Tête de cheval ou de buffle
  • Crinière hirsute comme un cheval
  • Cornes recourbées vers l'intérieur — totalement inutiles pour la défense
  • Pelage roux ou brun-rouge
  • Sabots fendus
  • Système digestif explosif capable de projeter des excréments brûlants à plusieurs mètres

Il habite traditionnellement la Paeonie (Macédoine antique) et l'Asie centrale — région-frontière du monde gréco-romain où l'imaginaire pouvait projeter des créatures sans contradiction empirique.

La défense par l'arrière

L'aspect canonique du Bonnacon est sa modalité défensive unique. Ses cornes étant inutilisables, la nature lui a donné une alternative : quand il est poursuivi par un chasseur ou un prédateur, il fuit, et pendant sa course, excrète violemment un jet d'excréments brûlants sur une distance considérable — les textes médiévaux mentionnent trois arpents (environ 1500 m²), ce qui est manifestement exagéré mais frappe l'imagination.

Ces excréments sont décrits comme :

  • Caustiques — ils brûlent la peau et les vêtements
  • Acides — ils corrodent les armures
  • Empoisonnés — leur contact provoque des infections sévères
  • Persistants — l'odeur dure des jours

Le chasseur qui poursuit un Bonnacon doit donc :

  1. L'attraper avant qu'il ne tire — défense quasi impossible compte tenu de la vitesse de la fuite
  2. L'attaquer de côté — exposition partielle au jet
  3. L'épuiser — attendre que le système digestif soit vidé (technique recommandée par les bestiaires)

Cette dernière technique est, dans la pratique des chasseurs médiévaux fictifs, la plus utilisée. Elle suppose plusieurs jours de poursuite systématique avant que la créature ne soit défensivement vidée.

L'iconographie médiévale

Les bestiaires médiévaux (Aberdeen, Rochester, Bodley) ont produit des illustrations du Bonnacon parmi les plus mémorables — et les plus comiques — de toute l'iconographie manuscrite. La scène canonique montre :

  • Un taureau roux fuyant
  • Un chasseur à cheval ou à pied, lance ou flèches
  • Le jet d'excréments stylisé en cônes ou en flammes derrière la queue
  • Le chasseur souvent en train de fuir l'éclaboussure
  • Des animaux secondaires (chiens, chevaux) en posture de dégoût

Ces images, dont plusieurs sont conservées au British Museum, à la Bodleian Library d'Oxford, et à l'Aberdeen University Library, sont parmi les plus reproduites du manuscript humour médiéval. Le moyen-âge, contrairement à sa réputation austère, savait représenter visuellement les phénomènes corporels avec un mélange de sérieux didactique et de comique pictural qui n'a guère d'équivalent dans l'art moderne.

L'origine zoologique : le bison

Les paléozoologues modernes identifient probablement le Bonnacon au Bison bonasus — le bison d'Europe ou wisent, qui habitait jadis les forêts d'Europe centrale et de l'Asie occidentale, et que les Romains connaissaient mal. Le nom scientifique Bonasus est conservé par Linné en mémoire de la description antique.

La défense scatologique est, bien sûr, fictive — mais le bison réel a effectivement la capacité de projeter ses excréments sur une certaine distance par contraction musculaire violente lorsqu'il est stressé. Cette observation réelle a probablement été exagérée par les chasseurs antiques en « défense balistique active ».

La fortune comique

Le Bonnacon est devenu, dans la culture pop contemporaine anglophone, l'un des memes médiévaux les plus partagés. Les illustrations du Rochester Bestiary (XIIIe siècle) circulent largement sur internet comme exemples de l'humour involontaire de l'art médiéval. Plusieurs jeux de rôle modernes (D&D, Pathfinder) l'incluent comme créature comique standard.

Sa modalité défensive unique en fait un yōkai particulièrement adapté à la fiction humoristique. Terry Pratchett, Christopher Moore, et plusieurs auteurs de fantasy comique l'évoquent dans leurs œuvres. Le Bonnacon est probablement le yōkai médiéval le plus internet-friendly — sa fiche provoque immédiatement le sourire.

Symbolique et Interprétation

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La défense par l'arrière

Le Bonnacon attaque en fuyant. Sa défense est dirigée vers l'arrière — modalité contre-intuitive qui distingue radicalement la créature de tous les autres prédateurs ou proies. Aucun autre yōkai n'a une stratégie aussi totalement inversée.

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L'arme corrosive

Les excréments du Bonnacon sont décrits comme caustiques, acides, empoisonnés, persistants. C'est une véritable **arme chimique** zoologique, deux mille ans avant la guerre chimique moderne. Le mythe préfigure la technologie.

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L'humour involontaire des bestiaires

Les illustrations médiévales du Bonnacon sont parmi les plus comiquement explicites de l'art occidental. Les copistes ont dessiné le jet d'excréments avec un sérieux didactique qui devient, vu d'aujourd'hui, irrésistible. Le Moyen Âge savait représenter le corps.

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Le bison réel

Le Bonnacon est probablement le bison d'Europe (*Bison bonasus*) — animal réel observé par les Romains, exagéré dans sa défense (la projection d'excréments réelle des bisons stressés a été magnifiée). Linné a conservé le nom mythologique dans la nomenclature scientifique.

Variantes Culturelles

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    Aristote et Pline — version antique : *Histoire des animaux* (Aristote, IXe livre) sous le nom *Bonasus*, puis *Histoire Naturelle* (Pline, livre VIII) sous *Bonnacus*. Sources textuelles dominantes de toute la tradition postérieure. Description précise mais sobre — c'est le Moyen Âge qui exagérera la scatologie.
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    Bestiaires médiévaux illustrés : Aberdeen Bestiary (XIIe s.), Rochester Bestiary (XIIIe s.), Bodley 764. Illustrations canoniques montrant la défense scatologique avec un sérieux iconographique qui n'a pas d'équivalent moderne. Largement reproduites par voie d'internet contemporain.
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    Bison d'Europe — explication zoologique : *Bison bonasus*, espèce réelle d'Europe centrale et orientale. Linné a conservé le nom antique dans la nomenclature scientifique moderne. La défense par projection d'excréments est exagération d'une réalité observée chez les bisons stressés.
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    Postérité comique contemporaine : Dungeons & Dragons (depuis Fiend Folio), Pathfinder, Magic: The Gathering, plusieurs jeux vidéo. Le Bonnacon est le yōkai médiéval favori des memes internet — sa fiche médiévale circule largement comme exemple d'humour involontaire de l'art monastique.

casino En JDR : idées d'utilisation

  • Chasse impossible : Un seigneur a fait vœu de chasser le Bonnacon. Les PJ sont engagés comme guides. Toutes les attaques précédentes se sont terminées par des armures corrodées et des chevaux paniqués. Comment renverser la dynamique ?
  • Arme chimique : Un alchimiste cherche à reproduire la défense du Bonnacon pour en faire une arme militaire. Il offre une fortune pour un échantillon d'excréments frais. Les PJ doivent décider de l'éthique — et de la méthode de récolte.
  • Bestiaire animé : Une bibliothèque ancienne contient un bestiaire dont les illustrations s'animent à minuit. Le Bonnacon en sort, soulageant son système digestif sur les volumes voisins. Les PJ doivent capturer la créature avant qu'elle ne ruine la collection.
  • Bison ressuscité : Des paléontologues exhument une carcasse de Bison bonasus parfaitement préservée dans la glace. Le bison se met à bouger. Sa défense scatologique aussi. Le laboratoire devient inutilisable.

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